Premier trimestre de grossesse – C’est aussi dans la tête

Comme je vous l’expliquais ici, mon premier trimestre de grossesse a été physiquement très éprouvant. Lorsque je cherchais des réponses aux maux que je ressentais pendant cette période, les articles ne mentionnaient que très rarement l’impact psychologique de ce changement brutal de statut. De mon côté, j’ai vécu cette période comme un bouleversement que j’ai beaucoup intériorisé.

Je vous parle dans cet article des émotions contraires que j’ai vécues, des questions que je me suis posées, de la culpabilité que j’ai parfois ressentie, de la question de l’attachement… Globalement de ce qui s’est passé dans mon bolinet pendant ces trois premiers mois de cohabitation avec la petite bête.

Test de grossesse positif : est-ce normal de ne rien ressentir ?

Depuis que nous avions décidé d’avoir un enfant avec mon copain (et même avant je dois l’admettre), j’avais imaginé ce moment de la découverte du test positif, l’annonce, les pleurs de joie. En découvrant les deux barres du bâtonnet de plastique le 1er mai dernier, les émotions ressenties sont quelque peu en décalage avec ce que je m’étais dépeint. Je suis assise sur mon tapis entre rire et larmes, incapable de déterminer l’émotion qui m’assaille.

En réalité, j’ai l’impression de ne rien ressentir. Je suis en état de choc et avant même de réfléchir au bonheur de cette situation, de ce petit être tant désiré, mon cerveau me rappelle que le test n’est fiable qu’à 99%. Le 1% restant, c’est forcément moi. Même après avoir fait un deuxième test digital (positif), j’essaye de trouver des excuses qui viendraient expliquer ce résultat faussé.

〈 Étant atteinte des ovaires polykystiques me rendant stérile, nous avions des rapports non protégés avec mon copain depuis plus d’un an. Pendant 6 mois, nous avons enchaîné des cycles de stimulations hormonales qui n’aboutissaient pas. Après avoir dû arrêter les traitements à cause d’un kyste hémorragique, j’avais totalement enterré l’idée de tomber enceinte naturellement. 〉

En y réfléchissant, je suis étonnée de ne pas avoir su voir/ interpréter les signaux que mon corps m’avait envoyé pendant 1 mois. La présence de nausées, pertes blanches et petites crampes auraient pu me laisser imaginer la présence de mon nouveau/ ma nouvelle colocataire. Ces indices ont complètement été occultés par ma capacité intellectuelle à prendre le négatif comme une généralité et le positif comme une exception. Je pense qu’il s’agit là d’un comportement protecteur classique pour éviter la chute en cas de déception. Ne pas y croire, c’est ne pas s’exposer à une déception en cas d’échec. 

L’angoisse de la fausse couche pendant le premier trimestre.

A la fin de ma première consultation grossesse, ma gynécologue me rappelle que les fausses couches sont courantes et nombreuses, sur tout dans le cas d’une première grossesse. Quand je rentre chez moi, j’en parle à ma maman qui me rappelle qu’il est tout à fait normal de perdre le bébé, qu’elle a elle même fait deux fausses couches à 2 et 3 mois, que ça ne fait pas grand chose et qu’une de nos proches a même perdu son bébé à 8 mois de grossesse.

Pendant deux mois, je traque la moindre douleur abdominale, la moindre goutte de sang qui pourrait présager d’une fausse couche. Je vis en apnée entre les échographies. A chacune de celles ci, je m’interdis de sourire, je demande systématiquement si “c’est” encore vivant. J’en viens même à entretenir une relation amour/haine avec mes symptomes de grossesse. Quand j’ai la nausée, je me sens enceinte. Dans les (rares) jours de répit, j’ai l’impression d’avoir perdu la petite chose. J’attends avec impatience cette fameuse douzième semaine sensée annoncer une diminution drastique des risques.

La peur d’avoir un enfant “anormal”

J’ai aussi peur que l’embryon ait un problème, d’avoir un enfant “anormal”. J’analyse les échographies précoces en paniquant de ne pas voir de bras, de jambes. – en réalité, en début de développement, un embryon ressemble à un chicken wings ce qui explique ce manque de membre. –

J’ai encore en tête ma réaction après l’échographie du premier trimestre : la petite “bête” a un nez crochu, il/elle a forcément un problème génétique. Je me retrouve à taper “ bébé nez crochu” sur google à 3h du mat en essayant de trouver la cause de cette potentielle malformation. Je passe beaucoup de temps sur les forums style “babycenter” à comparer la taille (en mm) de mon embryon avec celui des autres femmes à la même période, à doctissimer le moindre de mes doutes et en me rassurant auprès des communautés en ligne à défaut de pouvoir/vouloir en parler autour de moi.

Ne pas annoncer sa grossesse “avant trois mois” n’est pas forcément une bonne chose

A force d’entendre que les risques de fausses couches sont élevées avant 12 semaines, qu’il ne “faut pas le dire avant d’avoir passé le cap des trois mois”, j’ai développé une espèce de carapace protective anti-attachement vis à vis de ma grossesse et me suis complètement isolée dans cette dernière. Pour mon cerveau, la grossesse ne commençait qu’à partir du troisième mois. Avant, il était hors de question d’en parler à qui que ce soit. Imaginer devoir expliquer une fausse couche à des proches qui se seraient réjoui de ma grossesse me paraissait insurmontable. 

Mon copain, lui, d’un naturel optimiste, a hâte d’annoncer la nouvelle à ses proches. Je lui interdis d’en parler avant 12 semaines, puis 14 à défaut d’avoir les résultats du test de dépistage de la trisomie 21. En réalité, cette situation me pèse. J’ai vraiment envie d’en parler, de célébrer mon bonheur fragile, d’expliquer pourquoi je ne sors plus, je ne vais plus à la salle, pourquoi je ne suis plus la même. Je me sens bloquée par ce principe de précaution et  trouve difficile de cacher mes émotions notamment au travail, face à la fatigue.

Aujourd’hui, après réflexion je regrette d’avoir imposé une “date” d’annonce à mon copain (et à moi même); après tout, il s’agit aussi de son enfant. Par ailleurs, je réalise qu’il n’y a aucune incidence à annoncer une grossesse de façon précoce. Tu n’es pas obligée de prévenir tout le village, mais les proches sont souvent précieux dans les joies ET les difficultés. Si j’avais été victime d’une fausse couche post annonce, j’aurais eu des amis vers qui me tourner pour trouver du soutien.

La peur que les gens me voient autrement

Une autre des raisons pour laquelle je m’interdis de  parler de la grossesse à mes proches, même post annonce, est la peur qu’ils aient une image différente de moi. Ayant des amis assez fêtards, pas très adultes et étant la première de ma tranche d’âge à avoir un enfant, je n’ai pas envie qu’ils me voient comme cette nana qui change du jour au lendemain comme dans le sketch d’Alexandra Pizzagali.

Parfois, j’en rajoute, fait comme si cette nouvelle situation ne me touche pas du tout, minimise les symptômes. Je me moque d’autres femmes enceinte, promets de “ne jamais devenir comme ces mères obsédées par la maternité”. Pourtant, j’avais déjà regardé tous les épisodes de La Maison des Maternelles et de Baby Boom, lu des livres sur l’éducation Montessori et appris la différence entre un pleur en A et un pleur en EU avant même d’attendre la petite “bête”.

La vérité, c’est que je suis hyper excitée et heureuse d’être enceinte, mais j’ai l’impression de ne pas pouvoir le partager avec mes proches restés « de l’autre côté ». Seules les personnes qui me connaissent très très bien savent que j’ai toujours rêvé d’être une ménagère qui cuisine des tartes pour les enfants. C’est aussi une des raisons pour laquelle je retarde au maximum l’achat de vêtements de grossesse, préférant être serrée dans mes habits (et ma fierté) que d’assumer ces nouvelles formes que j’attendais pourtant avec impatience.

La rigidité des règles liées à la grossesse et la culpabilité quand on les “enfreint”

Quand tu tombes enceinte, on ne te donne pas nécessairement un mode d’emploi grossesse avec la liste de ce que tu ne peux plus faire, manger, ou t’appliquer sur la peau. Dans mon idée, il faut bien laver ses légumes et faire cuire sa viande. En fait, quand tu tapes “interdictions grossesse” sur Google, tu comprends que tu vas vivre en changement drastique du jour au lendemain.

On te parle des très dangereuses listériose, de la toxoplasmose, du cytomégalovirus, des perturbateurs endocriniens, de l’alcool, la cigarette et j’en passe. Personnellement, le premier jour où j’ai su que j’étais enceinte, nous avions un buffet de famille où je pouvais selon les saintes règles manger approximativement 1% de ce qui était sur la table : le poulet, le pain, et l’eau. Je vérifiais en soum soum chaque ingrédient sur mon application “Enceinte: que puis-je manger ?” en regardant mon copain mi amusée mi effrayée pour les 8 mois à venir.  

Je repense aussi avec culpabilité aux quelques cuites que j’ai pu me mettre pendant le premier mois de grossesse , à mon demi paquet de clope quotidien, à la planche de charcut’ de la veille. Magic Maman m’apprend qu’à priori, ce qui est ingéré les deux premières semaines ne compte pas car le lien nourriture bébé/maman n’existe pas encore, et qu’à l’issue du premier mois, les embryons non viables terminent souvent en fausse couche. Je ne suis qu’à moitié rassurée.

Je ne peux m’empêcher de me demander si toutes ces ‘règles’ sont bonnes à prendre, si l’on ne peut s’offrir une marge de flexibilité sans pour autant jouer avec le feu. Au tout début du premier trimestre, je suis assez stricte, puis je me laisse aller à quelques digressions et interprétations personnelles, mais toujours la peur au ventre.

Je me dis que je suis la seule responsable de la santé de mon enfant et que 9 mois, ce n’est pas bien long. Je me dis aussi, peut être bêtement que les règles étaient plus flex avant qu’on en fait peut être un peu trop et que l’on culpabilise beaucoup les futures mamans déjà très stressées par leur premier trimestre.

Mes points psychorigides :  J’ai fait attention aux viandes et poissons crus. (Un jour, voulant bien faire, j’ai pris des makis avocat au japonais pour en fait apprendre que les mêmes couteaux étaient utilisés pour couper le saumon et que c’était prohibé aussi !). Je me suis également interdit les fromages coulants non pasteurisés et  la charcuterie. Je suis devenue pscho du nettoyage de légumes (jusqu’à les laver au vinaigre, habitude qui a vite disparue). J’ai annulé mes plans Disney, protégé mon ventre lors des radios et ma peau lors des expositions au soleil. J’ai diminué les cosmétos à la compo sale et limité les perturbateurs endocriniens au quotidien.

Mes points flex : J’ai bu des gorgeons de champagne et de bière, consommé du gruyère râpé ou des fromages à pâte dure non pasteurisés (listériose) ,mangé de l’omelette (salmonellose), de la glace (listériose), des crustacés cuits (listeriose) , du thon en conserve (mercure),  du soja (phyto-eustrogene) et du MacDo. Je n’ai arrêté de fumer que 2 semaines après avoir appris ma grossesse pour éviter un changement trop brutal. J’ai continué à boire du café et du coca , et ai approché des enfants en bas âge. Je ne me suis pas beaucoup souciée des huiles essentielles dans mes cosmétiques (dont certaines pourraient être abortives). J’ai continué à utiliser du dissolvant avec acétone et à déboucher mes toilettes au destop canalisation. 

Malgré tout, j’ai eu (et ai toujours) l’impression de déranger et de me mettre au centre de l’attention en tant que femme enceinte. La génération de nos parents ou grands parents n’hésite pas à te rappeler “que c’est n’importe quoi”, qu’avant on ne faisait pas tant de simagrées. Du coup, tu te retrouves tiraillé entre l’envie de les croire et les préconisations du corps médical…. Et dans tous les cas, tu finis par culpabiliser car tu ne fais jamais vraiment bien à 100%. Pour les personnes perfectionnistes comme moi, cela a été assez difficile à accepter en début de grossesse.

Comment se rassurer pendant le premier trimestre ?

Dans cet article, j’explique quels ont été les examens et le suivi dont j’ai bénéficié pendant le premier trimestre de grossesse. Si certains décrient cette “surmédicalisation” et souhaitent un retour au source, j’ai pour ma part apprécié pouvoir rencontrer ma petite bête tous les mois pendant le premier trimestre. Sans ces rendez-vous réguliers et rassurants, je pense qu’il aurait été plus difficile pour moi de gérer les angoisses et de réaliser ma condition. Voir son incroyable évolution au fil des mois, le/la voir passer d’embryon à foetus, partager ces moments avec son papa était merveilleux. En sortant de chaque échographie, j’étais émue, soulagée, fière de son évolution.

J’ai également tenu la route pendant cette période et étanché ma soif d’informations sur l’embryon grâce aux applications de suivi de grossesse .Grâce à elles, je pouvais observer l’évolution de notre petite bête chaque semaine, sa taille, sa progression. Mes deux préférées : Grossesse + et Sprout Pregnancy dont les magnifiques graphismes permettent de se projeter en découvrant à quel aliment son bébé ressemble en taille. Cela peut peut paraître étrange mais on se prend au jeu et l’on attend avec impatience l’évolution de son bébé de grain de riz à pois chiche ! Chaque semaine, des informations et conseils sont prodiguées ce qui permet de réaliser ce qu’on ne voit pas encore physiquement.

Autre application pour celles (et ceux) qui sont perdus au milieu de toutes les recommandations alimentaires pendant la grossesse : Enceinte Quoi Manger ?L’application classe les aliments selon leur degré de “dangerosité”. Il est possible de faire une recherche rapide en cas de doute.

Enfin, j’ai utilisé l’application que l’on ne présente plus : Yuka, pour vérifier la composition de mes nettoyants et cosmétiques afin d’adapter ma routine pendant la grossesse.

Je ne suis pas attachée à mon enfant, c’est normal ?

Tu l’as peut être remarqué, j’ai eu beaucoup de mal à parler de  “bébé” ou de  “mon enfant” pendant ce premier trimestre. Je n’ai jamais réussi à lui parler, à regarder avec envie des vidéos sur la maternité, à envisager des activités prénatales style yoga ou méditation spéciale grossesse pendant ces trois premiers mois .

J’ai rapidement appelé notre progéniture “bête” un surnom qui bien qu’affectueux pour moi a été mal perçu par mon entourage qui trouve cela plutôt déshumanisant. Je n’ai pas ressenti de lien d’attachement entre ma/mon colloc et moi pendant le premier trimestre. Il y avait un sentiment, une envie que cette petite chose fébrile tienne la route, mais pas encore de l’amour pour toutes les raisons évoquées plus haut.  Je suis bien sûr heureuse de ne pas avoir vécu de fausse couche, que l’embryon ait été évolutif et en bonne santé mais je dois avouer garder un goût un peu amer de ces trois mois nébuleux où je n’ai pas vraiment réalisé que nous étions deux à bord.

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