Deuxième trimestre de grossesse : ce n’était pas sensé être le meilleur ?

« Tu vas voir, le deuxième trimestre, tu vas être hyper épanouie, ton corps ne se modifie pas trop et tu n’as plus les désagréments du premier trimestre. » Ai-je souvent entendu de la part de mes proches et médecins. Après un premier trimestre éprouvant, vous vous doutez que j’attendais cette fameuse deuxième période comme un checkpoint salvateur, véritable point de départ à une grossesse radieuse et ensoleillée. Alors oui, il est vrai que la peur de la fausse couche s’éloigne après les fameuses « 12 semaines ». Cependant, cette période est arrivée chez moi avec son lot de nouveaux désagréments.

Les points positifs

Une étincelle d’attachement à son bébé 

Quoi de plus ingrat que cette situation du premier trimestre où tu vomis ta bile sans avoir de signe de vie en contrepartie ?  À l’orée du 4e mois, j’avais envie de communiquer avec ma progéniture genre « tape un coup si tu veux manger de la pizza et 2 si tu veux un BK ». Je me suis donc mise en mode inspecteur gadget.

Le truc, c’est qu’au départ, on te dit que ça ressemble à « des bulles qui crépitent dans ton ventre ». Va faire la différence entre les  effets de ton gratin de chou fleur et un bébé qui fait des bulles : c’est quasi impossible. Autour du milieu du 4e mois, j’ai commencé à sentir quelques mouvements sans trop pouvoir les attribuer à ma petite bête. Vers le 5e mois, j’ai distinctement pu le sentir à l’intérieur, et le papa a pu le sentir assez rapidement à l’extérieur.  À partir de ce moment, j’ai pu mettre un nom sur ma progéniture et commencer à doucement m’attacher à un « bébé ». À chaque mouvement ressenti, souvent allongée dans mon lit, je me répétais « il est vivant, il est vivant, il est vivant ». 

La première fois que Gustavio a senti son enfant bouger, j’ai été noyée d’émotion et de fierté. Il était impressionné et heureux de pouvoir communiquer avec la crevette; j’étais  profondément amoureuse de lui et du papa qu’il deviendrait. Bizarrement, pendant cette grossesse, ce sont d’abord mes sentiments envers lui qui ont évolués. Puis, petit à petit, j’ai appris à considérer notre enfant comme une petite personne fragile que j’avais aussi envie d’aimer et de préserver. Vertigineux. 

En revanche, j’avais plus de facilité à communiquer oralement  avec mon ami imaginaire d’enfance qu’avec le bébé ! Alors que Gus a assez rapidement réussi à lui parler, il m’était encore impossible de communiquer avec lui autrement qu’avec mes mains sur mon ventre. 

La modification du corps au deuxième trimestre

Cet été, j’essaye de rentrer dans mon short taille haute ras la fouf préféré. Ça passe une semaine, puis petit à petit ça bloque; et cette année, je n’ai pas l’excuse de l’alcool qui fait gonfler.

Comme je vous l’expliquait dans cet article concernant mon premier trimestre de grossesse, je m’était promis de de pas investir dans des vêtements pregnant firendly. Je me revois annoncer à ma meilleure amie septique que « de toutes les manières, il suffit de porter des robes et de mettre des adaptateurs de pantalon avec des t shirt larges » En pratique, accepter d’acheter une garde robe spéciale femme enceinte  était surement un peu trop concret pour mon ciboulot.

Finalement (comme souvent) le « Tu es trop naïve » de ma besta l’a emporté et je me suis retrouvée à acheter ce pantalon à motif colombes ignobles de chez H&M. J’en profite pour vous annoncer que :

1- Les marques n’ont probablement pas assimilé que les gens se reproduisent car il est quasi impossible de trouver du vêtement pour femmes enceintes en magasin.

2- Les rares enseignes qui en proposent profitent de cette rareté pour te ventre un haut sac poubelle le triple de son prix.

3- Les marques se sont visiblement concertées pour faire de cette période de ta vie un cauchemar vestimentaire où tu te ballades avec des hauts fluides bleus layette mal taillés, des motifs colombe symbole de pureté ou des T-Shirt « dessins de pieds sur le bide » pour BIEN signifier à la terre entière que OUI « baby on board ».

Ce début de transformation fut un poil ingrat car j’étais la seule à vraiment savoir que mon bide n’était pas du à un excès de burgers; si bien que j’avais presque envie de forcer le trait en gonflant mon ventre  pour que la situation soit établie ! MAIS voir mon ventre grossir petit à petit et mes boobies changer de forme et de couleur (oui ils deviennent marrons sans prévenir) m’a permis de conceptualiser la présence de mon/ ma colocataire et d’apprendre à m’y attacher. En bonus, il  m’ a été plus facile d’imposer mes interdits physiques et alimentaire à mon entourage sans devoir me justifier.

La diminution du risque de fausse couche

Autre point positif, j’ai gagné en sérénité au fil des semaines avec l’éloignement du risque de fausse couche. Savoir le bébé « bien accroché » après la première écho m’a vraiment rassurée. J’ai donc commencé à agréablement lâcher du leste au niveau des « interdits de grossesse » : retour du sport, reprise du café, consommations de quelques fromages et  fruits de mer dont je connaissais la provenance, (tout petits) fonds de verres, fin du lavage des légumes au vinaigre…

En parallèle, ma passion fast food/ gras/ salé m’a quittée pour laisser place à l’envie de donner le meilleur à mon enfant en limitant ma consommation de viande et de produits trop transformés. Je ne me suis pas privée mais ai plutôt répondu à mes envies sans trop intellectualiser la chose. 

Adieu vomi et insomnies

Le premier trimestre de ma grossesse a été synonyme de cuvettes de toilettes pour moi . À l’orée du quatrième mois, je m’accrochais à cette idée que tout irait mieux une fois la mise en route passée. ET BINGO ! Quasiment du jour au lendemain, j’ai retrouvé le sommeil et les nausées et dégoûts de grossesse ont disparu au même titre que mes démangeaisons et douleurs aux seins. Cette amélioration est apparue si soudainement que je m’en suis demandée quelle était la part de psychologique dans ces fameux symptômes du premier trimestre !

Les trucs moins cools

L’utérus contractile : au repos !

À l’issue d’une belle ballade à vélo cet été, je dois m’allonger. Mon ventre est dur comme un ballon de rugdby. Quelques semaines plus tard, cette sensation se reproduit dès que je marche en pente ou que je gravis des escaliers. Un jour, j’en parle à ma maman de manière anodine. Elle me dit qu’elle a du être au repos pour cette raison pendant quelques mois. Je compte les contractions : plus d’une trentaine par jour à 4/5 mois de grossesse. Moi qui était assez sereine, je commence à flipper de nouveau.

Je prends rendez-vous un peu en urgence chez ma gynéco qui m’explique que cela arrive fréquemment d’avoir des contractions précoces. J’ai l’utérus contractile, ce qui signifie (en gros) qu’il se contracte anormalement avant la fin de la grossesse. Visiblement, cela ne pose pas de problème car j’ai un corps bien fichu qui « résiste » à ces distensions : le col de l’utérus reste bien fermé.

Seules indications avec lesquelles je ressors de cette consultation : m’allonger, ne pas forcer, prendre du Spasfon et des bains en cas de crise. Un beau programme pour les 4 prochains mois, donc ! Je me dis que j’ai de la chance de ne pas être alitée, mais pour moi qui suis assez active, ce sous régime est déjà synonyme de frustration. Adieu abonnement à la salle de sport fraichement renouvelé,  randonnées entre amis et autres fantaisies actives !

Le début des frustrations

Mon deuxième trimestre de grossesse a coïncidé avec les vacances d’été. Oui oui, cette période de bars, de Mojitos ou cidre breton, de barbeuks, d’activités extrêmes, de voyages, de bonne grosse réunionnite avec les copains.

Au début des vacances, j’étais fanfaronne : ce n’etait pas un mioche minus à l’intérieur de moi qui viendrait perturber mes plans. J’ai appliqué la méthode (non recommandée) du « une gorgée d’alcool par repas » pour ne pas me sentir frustrée, ai lutté avec mes bikinis et shorts et rentré le ventre  pour avoir l’air bien fraiche sur les photos.

Autant vous dire que ça n’a pas duré deux semaines. Gus m’a rappelée à l’ordre sur l’alcool en me signifiant « que c’était aussi son enfant », puis mes contractions m’ont fait drastiquement diminuer le rythme. J’ai compris – peut être pour la première fois –  que j’allais devoir apprendre à faire passer le bébé en priorité pendant les quelques mois à venir.

Un bébé qui prend sa place

L’autre jour, ma grand mère me dit : « il faut bien qu’il prenne sa place ce petit. » Un concept pourtant évident mais dont les implications ne coulaient pas nécessairement de source pour moi.

  • Première conséquence : les douleurs ligamentaires. Elles sont censées permettre au bébé, comme le disait ma grand mère, de prendre la place dont il a besoin en distendant les ligaments (et donc en mettant de côté les choses dont il n’a aucune utilité). De mon côté, j’ai été plutôt chanceuse : ces petites douleurs m’ont juste empêchée de marcher vite ou longtemps. J’ai appris à faire des « pauses » dans la rue au bout de 10 minutes et à prendre mon élan avant de repartir. (pour certaines femmes, il me semble que c’est plus compliqué.)
  • Deuxième point – et la première fois c’est plutôt flippant – la sensation que le bébé est TRÈS bas  (un peu comme un tampon  fugitif) et qu’il tambourine à la porte avec ses mains. Je me revois envoyer un texto à ma seule amie maman en lui expliquant que « j’ai l’impression qu’il fait toc toc pour sortir ». Elle m’a très vite rassurée (tout comme ma gynéco) en me disant que cela était normal et dépendait du positionnement du bébé.
  • Autre corollaire au positionnement du bébé, et surement un des plus gros désagrément de grossesse dont on ne parle pas : une douleur lancinante à la côte. J’ai rapidement senti comme une forte inflammation au niveau du thorax à gauche, si bien qu’il m’était impossible de dormir sans coussin de maternité de ce côté. Pratique lorsqu’on te recommande de dormir du côté gauche pour éviter  la « compression » de la veine cave inférieure qui pourrait diminuer l’approvisionnement de sang dans l’utérus. (autant vous dire que j’ai rapidement fait fi de cette règle pour des raisons de survie.) Après une échographie, la gynéco m’a confirmée que le bébé avait bien rangé ses pieds sous mes côtes à gauche ce qui pouvait effectivement provoquer de vives douleurs. Bien évidemment, rien à faire à part attendre qu’il sorte.

Le poignet bloqué pendant la grossesse

Un matin, je me suis réveillée avec le poignet droit très douloureux et bloqué. Cette situation a duré plusieurs semaines et limitait énormément ma mobilité. J’avais également des fourmis et ma main me grattait de manière incompréhensible. Rien n’y faisait même la superbe attelle que je m’étais commandée en express sur Amazon. Une ostéo m’a expliqué qu’il s’agissait d’un mal de grossesse assez commun du à la rétention des liquides dans le corps qui comprime un nerf. Encore une fois, rien à faire, à part attendre. La douleur a fini par se résorber naturellement.

Enceinte : hello fatigue et anémie

Je vous en parlais dans cet article, l’un des symptômes les plus désagréable de mon premier trimestre a été la fatigue due au manque de sommeil. Pendant le deuxième trimestre, la tendance s’est inversée. Sans avoir une vie très active, j’ai commencé à m’endormir en pleine après-midi alors que je ne suis VRAIMENT pas du genre à siester sauf en grosse gueule de bois post nuit blanche.

Si je n’ai pas réellement vécu ce fameux « regain d’énergie » à partir du 4e mois, c’est peut être à cause du manque de fer dans mon sang. À l’analyse de mes résultats sanguins et suite à plusieurs vertiges, il a été constaté que j’étais en effet anémiée. Une classique pour les femmes enceintes. En effet, au deuxième trimestre, les besoins en fer de la maman augmentent car le bébé puise dans ses réserves pour grandir. Après une dizaine de jours de supplémentation – Tardyferon que je conseille car très efficace – les vertiges ont cessé et je me suis sentie beaucoup mieux.

Troubles digestifs de grossesse : les petits nouveaux

Alors que je me remettais à peine de la phase vomito, heureuse de pouvoir enfin déguster sans regretter, et face à l’augmentation de ma faim, j’ai dit hello au reflux gastro-oesophagien, aux remontées acides et à la sensation je mettais 60 h à tout digérer.

Concrètement, manger n’était plus un problème, mais j’avais la désagréable impression que mon appareil digestif était devenu fainéant. En cause, la progestérone et la relaxine qui servent à détendre certains muscles pour l’accouchement. Ces hormones ont une action sur le sphincter qui, trop détendu ne parvient plus à empêcher les remontées acides. Cette digestion ralentie provoquait souvent 2/3heures de gêne après les repas.

En parallèle, je me suis retrouvée à baver comme un escargot. Je me rappelle regarder une vidéo youtube et observer un filet de bave dégouliner de ma bouche : un peu incommodant socialement, non ? En me renseignant, j’ai appris que l’hyper-salivation était un autre symptôme hormonal de grossesse. Hélas, pas de traitement spécifique sauf peut être la médecine chinoise, mais bon, la flemme de me faire transpercer par des aiguilles d’acuponcture :  j’ai préféré continuer à baver sur mes amis.

Une peau et des ongles de rêve lorsqu’on est enceinte ?

Selon les idées reçues, les femmes enceintes  sont sensées rayonner car leur peau et cheveux sont superbes sous l’influence des hormones.

De mon côté, plus la grossesse avançait plus je revivais la période acnéique de mon adolescence. J’avais clairement l’impression d’être un pain au raisin, et les imperfections situées sur mon menton étaient clairement hormonales. Les glandes sébacées qui s’activent en masse pendant la grossesse augmentent en effet l’apparition d’imperfections sur les peaux habituellement  grasses. Mes cheveux quant à eux n’ont pas évolué, et mes ongles sont restés cassants. Fin du mythe

Le regard des proches pendant la grossesse

Si vous lisez mes articles ou me connaissez, vous avez  peut-être compris que je suis un peu « compliquée des briquettes », comme dit ma mamie. Ça cogite à l’intérieur et parfois je me fais un foin de trucs qui sont en réalité assez simples.

En l’occurence, à partir du moment où cela s’est vu j’ai eu du mal à accepter que mes proches et ceux de Gustavio me perçoivent différemment. À chaque fois que je voyais du monde, on m’enchaînait de questions sur la grossesse du style : « est-ce que je peux toucher » / « salut la mama » / « est-ce que tu vas l’allaiter » / « ah mais ça commence à se voir »/ « tu n’as pas pris trop de poids ça va » etc.

Alors oui, il est vrai que pendant cette période, j’ai commencé à VRAIMENT réfléchir au fait d’être enceinte, mais j’ai eu du mal à ce que mon identité soit réduite à ce statut. J’ai l’impression que l’on me percevait différemment depuis l’annonce et cela me pesait un peu, sur tout lorsque cela tournait à l’infantilisation. Combien de fois m’a-t’on dit de « rester assise », de « ne pas me lever » de « ne pas porter » alors que j’insistais en affirmant ma capacité à pouvoir le faire. Si une femme enceinte vous dit qu’elle peut faire quelque chose, c’est qu’elle s’en sent capable. Par pitié arrêtez de les surprotéger ou de penser mieux qu’elles ce qui est bon pour leur santé !


À ceux qui seront tentés de me dire (ou qui m’ont déjà dit) « oh, mais c’est normal, tout le monde y passe, la grossesse n’est pas une maladie… » , je leur répondrai bien volontiers que  la fin ne justifie pas nécessairement de minimiser ce que les femmes vivent pendant ce marathon. J’aime mon enfant,  je suis heureuse qu’il soit en bonne voie de finition, mais pitié, cessez de rabâcher aux femmes enceintes que « ce n’est pas grave. »

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